Et si on électrifiait la pauvreté ?
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Depuis toujours, le progrès humain repose sur notre capacité à transformer notre environnement et à améliorer nos conditions de vie. Pourtant, le progrès d’une société ne se résume pas uniquement aux technologies qu’elle possède, mais aussi à la manière dont celles-ci transforment réellement la vie des populations. Au Burkina Faso, électrifier un village est souvent présenté comme une victoire. Pourtant, une question reste rarement posée : qu’est-ce que cette électricité change réellement dans la vie de ceux qui la reçoivent ?

C’est cette réalité, observée sur le terrain, qui pousse DIALLA Wendata Lydia 2ème Jumelle, jeune ingénieure en génie des Génie des système électriques et énergies renouvelables à poser une question dérangeante :
Et si, parfois, nous étions simplement en train d’électrifier la pauvreté ?
Dans mon métier d’ingénieure, confie-t-elle, on mesure la lumière en lumens, en lux, en watts par mètre carré. On calcule une puissance, on dimensionne une installation solaire, on choisit une batterie, on optimise un système énergétique. Mais il y a une lumière qu’aucun appareil ne peut mesurer. Celle qui brille dans les yeux d’un enfant qui voit une ampoule s’allumer pour la première fois. Cette lumière-là, elle ne vient pas du courant électrique. Elle vient de la promesse d’un avenir possible. Et aujourd’hui, c’est de cette lumière oubliée qu’elle aimerait bien vous parler.
Depuis que je travaille sur le terrain dit-elle, une question me revient sans cesse :
Et si nous étions en train d’électrifier la pauvreté ?
Elle ne dit pas qu’il ne faut pas électrifier. Au contraire. L’accès à une énergie fiable, propre et abordable est indispensable à notre développement. Mais elle pense que nous devons nous poser une question plus profonde :
Que devient réellement une communauté une fois qu’elle reçoit cette énergie ?
Un panneau solaire sur un toit ne développe pas, à lui seul, un village. Ce qui transforme réellement un village, c’est ce que ses habitants deviennent capables de faire grâce à cette énergie. Électrifier sans accompagner, c’est simplement décorer la pauvreté.
Voilà donc la vérité que personne ne veut voir : Le courant ne fait pas la lumière. C’est l’inverse.
La lumière, ce n’est pas seulement un flux d’électrons qui circule dans un fil de cuivre comme le dit le dictionnaire. La lumière, c’est aussi :
- Une mère qui peut lire une ordonnance le soir pour soigner son enfant ;
- Une jeune fille qui ose dire « je veux devenir ingénieure » sans qu’on lui rie au nez ;
- Un garçon qui voit sa sœur étudier et qui change son regard sur les femmes ;
- Un village entier qui comprend que l’électricité n’est pas un luxe, mais un droit ;
Sans cette lumière-là, le courant n’est qu’un courant. Rien de plus.
En 2026, Lydia DIALLA a eu l’opportunité de participer à un projet d’électrification rurale portant sur l’installation de mini-kits solaires dans près de 500 ménages répartis dans 8 villages de la province du Boulkiemdé, au Burkina Faso. Et c’est là, dit-elle, avoir véritablement compris ce que signifiait apporter l’électricité.
«
J’ai vu des enfants émerveillés. Certains nous disaient :
“ On va enfin pouvoir bien étudier le soir. “
Pour eux, ce n’était pas simplement un kit solaire, c’était du temps pour apprendre, c’était une possibilité, c’était peut-être le début d’un rêve.
Mais j’ai aussi vécu une autre réalité.
Étant la seule femme dans l’équipe d’installation, j’ai eu à rencontrer certaines difficultés. Dans certains ménages, les chefs de famille préféraient demander aux hommes de mon équipe de réaliser l’installation plutôt que de me laisser la faire. Et un jour, alors que je rencontrais des difficultés pour faire passer un câble à travers un mur, une femme du village m’a dit :
“Ce travail, c’est un travail d’homme. Tu ne devrais pas le faire. “
Elle ne disait pas cela par méchanceté. Elle le répétait juste car c’est ce qu’elle avait l’habitude d’entendre toute sa vie, parce que personne ne lui avait jamais montré qu’une femme pouvait le faire, parce que, dans son village, une femme qui installe l’électricité, ça n’existe pas.
» Confie Lydia DIALLA.
Alors elle vous demande aujourd’hui :
À quoi sert une ampoule qui éclaire une pièce vide ?
À quoi sert un réseau électrique qui alimente des corps, mais pas des rêves ?
Nous voulons transformer nos sociétés grâce à la technologie, mais parfois, nous continuons à enfermer les compétences derrière le genre. Oui, la force physique peut être différente. Mais l’intelligence, la stratégie, la capacité à résoudre un problème et à trouver une solution n’ont pas de genre.
Nous voulons donc une transition qui ne se contente pas de remplacer une source d’énergie par une autre. Sinon, nous risquons de mesurer notre réussite au nombre de lampes allumées, alors que nous devrions la mesurer au nombre de vies transformées.
- Une vie transformée, c’est cette femme qui passe de 2 kg à 20 kg de manioc par heure ;
- Une vie transformée, c’est cet agriculteur qui ne perd plus une partie de sa récolte ;
- Une vie transformée, c’est cet enfant qui devient le premier ingénieur de son village.
Pour elle, la véritable transition énergétique, c’est donc passer :
- D’une énergie qui éclaire à une énergie qui produit ;
- D’une énergie qui alimente à une énergie qui autonomise ;
- D’une électrification qui compte les connexions à une électrification qui compte les opportunités créées.
C’est pour cela qu’elle estime que nous devrons œuvrer pourune transition qui transforme l’énergie en opportunités, les opportunités en emplois, et les emplois en dignité.
Alors, que faut-il faire ?
Il faut d’abord sensibiliser les populations aux possibilités qu’offre l’électricité, puis les former à l’utiliser pour améliorer leurs activités et créer de nouvelles opportunités. Une école électrifiée peut par exemple proposer des cours du soir aux travailleurs. Une femme peut prolonger son commerce après la tombée de la nuit. Un jeune peut ouvrir un salon de coiffure, un atelier ou un petit commerce équipé. Un agriculteur peut transformer, conserver et mieux vendre sa production. Des techniciens locaux peuvent également être former pour assurer la maintenance des équipements et permettre aux communautés de faire durer ces installations.
Parce qu’électrifier, ce n’est pas seulement donner de l’électricité. C’est donner les moyens de s’en servir pour apprendre, produire, entreprendre et avancer.
Et peut-être qu’un jour, dans l’un de ces villages électrifiés, un enfant qui regardait installer une lampe dira :
« C’est grâce à cette lumière que j’ai pu étudier. »
Et deviendra à son tour ingénieur, entrepreneur ou scientifique. Ce jour-là, nous n’aurons pas seulement électrifié un village. Nous aurons transformé une vie.

Alors Lydia DIALLA vous pose cette question aujourd’hui : « Quand vous financez un projet d’électrification, financez-vous des watts ou financez-vous des avenirs ? Parce que la différence entre les deux, c’est la différence entre éclairer un village et le transformer »
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